28 novembre 2017 Séverine Ferraro

Réduction des déchets : tous concernés !

Affiche du film Ma vie zéro déchet

Dans le cadre de la Semaine européenne de réduction des déchets, la projection, à Grenoble, du documentaire Ma vie zéro déchet montrait par l’exemple comment il est possible de réduire par vingt la taille de sa poubelle. 

La gestion des déchets constitue un véritable enjeu de société qui questionne l’action des collectivités, la responsabilité des industriels, mais également nos pratiques individuelles de consommateurs.

En France, chaque habitant produit environ 220 kg de déchets par an, dont on estime que seulement 30% sont des déchets « justifiés » ou « indispensables ». Par ailleurs, en dépit des efforts qui ont été faits par les collectivités pour inciter au tri des déchets, on observe une stagnation de la collecte en tri sélectif depuis 1998. Ainsi, avec un taux de recyclage des déchets de seulement 35%, la France fait figure de mauvaise élève à l’échelle européenne.

Cela signifie que la majeure partie de nos déchets sont incinérés, les rejets de l’ensemble des usines d’incinération en France représentant 12 millions de tonnes de CO² par an. Si le chiffre est inquiétant au plan environnemental, il s’accompagne également de risques sanitaires importants. En effet, il a été prouvé scientifiquement que ces rejets augmentent significativement les risques de lymphomes en raison de la présence de particules nocives qui mettent des années à se dégrader dans l’environnement.

Face à ces différents constats, il est grand temps que des efforts concrets soient mis en œuvre collectivement pour limiter la production des déchets et en améliorer la gestion. Cependant, cela implique de faire évoluer les mentalités vis-à-vis de la production des déchets, de changer la culture et les gestes de chacun. Et c’est loin d’être chose facile dans un contexte de consommation de masse qui nous incite à acheter toujours plus, ce qui induit, de fait, davantage de déchets.

Pour sensibiliser le grand public aux enjeux de la gestion des déchets, de nombreuses animations ont été organisées dans l’agglomération grenobloise du 18 au 26 novembre, dans le cadre de la Semaine européenne de réduction des déchets.

À cette occasion, Grenoble Alpes Métropole et Grenoble École de Management ont notamment proposé la projection du documentaire Ma vie zéro déchet, un film signé Donatien Lemaître, Dorothée Lachaud et Jean-Thomas Ceccaldi. Le film raconte l’expérience de Donatien, jeune parisien vivant en couple et papa d’une petite fille qui s’est lancé le défi de réduire drastiquement la production de déchets de sa famille sur une période de 6 mois. Au travers de son expérience personnelle, Donatien évoque l’évolution de sa réflexion sur la production des déchets et les difficultés rencontrées au cours de sa démarche, mais également les solutions, les alternatives et les bonnes pratiques qu’il a découvertes.

Tendre vers la suppression des emballages

La première étape de la démarche zéro déchet consiste à modifier considérablement ses habitudes de consommation afin de limiter, voire de supprimer complètement les emballages. Adieu les courses au supermarché où la plupart des produits sont industriels et sur-emballés. Bonjour les produits frais et bruts vendus en vrac !

De nombreux commerces de proximité proposent désormais des produits en vrac qui permettent d’acheter la juste quantité en utilisant son propre contenant. C’est le cas, bien évidemment, de l’épicerie de L’éléfàn dont la démarche locavore s’accompagne d’une attention particulière aux enjeux environnementaux des modes de consommation actuels. Sans oublier les étals des marchés où tous les produits peuvent être achetés sans emballage, à condition toujours d’apporter vos propres contenants et de refuser les sacs mis à votre disposition par le marchand. L’expérience se poursuit dans la salle de bain où les cosmétiques solides prennent la place des shampoings et autres gels douche en flacons jetables.

Composter les déchets alimentaires

La deuxième étape proposée par le documentaire consiste à optimiser le recyclage de ses déchets, en particulier les déchets alimentaires dont la plupart sont compostables. Là encore il existe des solutions, même en milieu urbain. À titre individuel, il est possible de s’équiper d’un lombricomposteur que vous pourrez installer dans votre cuisine ou sur votre balcon. Ces petites bêtes ne vous inspirent pas vraiment ? Il existe d’autres solutions comme les composteurs collectifs qui fleurissent en ville depuis quelques temps. Généralement gérés par des habitants du quartier et fonctionnant sur un mode collaboratif, ils sont souvent adossés à un jardin partagé.

Pour renforcer l’action citoyenne, la collecte et le traitement des déchets putrescibles constituent un axe de travail fort du schéma directeur de gestion des déchets de Grenoble Alpes Métropole. La collectivité va lancer prochainement une expérimentation sur cette thématique dans les quartiers de la Capuche à Grenoble et de la Commanderie à Échirolles.

Des bio-seaux seront distribués à 3000 habitants qui seront invités à trier leurs déchets compostables afin qu’ils soient collectés par les agents de la propreté urbaine. L’objectif est de généraliser cette pratique à l’ensemble de l’agglomération grenobloise à l’horizon 2030. À terme, la participation des habitants devrait être encouragée par la mise en place de mesures fiscales incitatives.

Un modèle qui fonctionne puisque d’autres villes l’ont déjà mis en place depuis plusieurs années. C’est le cas de Lorient où la mairie collecte les bio-déchets depuis 13 ans. Ces déchets permettent de produire du compost qui est ensuite revendu aux agriculteurs locaux par le biais d’une coopérative. Ainsi, les recettes générées ont permis à la collectivité de prendre en charge la gestion de ces déchets sans que la taxe d’ordures ménagères ne soit augmentée.

Repenser ses véritables besoins

Enfin, le documentaire Ma vie zéro déchet invite le spectateur à interroger ses véritables besoins pour limiter ses achats et privilégier la qualité des produits qu’il consomme. Pourquoi ne pas en profiter pour désencombrer nos intérieurs ? Faire le tri chez soi est une entreprise doublement satisfaisante puisqu’elle permet de retrouver des objets oubliés et pourtant utiles, mais aussi de donner une seconde vie à des objets qui ne correspondent plus à nos besoins actuels.

Evidemment, il faut éviter de jeter les objets dont on ne veut plus. On les donne à son entourage, à des associations caritatives ou à des ressourceries, dites aussi recycleries, qui récupèrent même les objets cassés pour les réparer et les revendre à bas coût. Il en existe plusieurs dans l’agglomération grenobloise. Trois ressourceries sont gérées par le groupe d’économie solidaire Ulisse (Grenoble Solidarité Ulisse, 2 rue Hyppolite-Muller à Grenoble ; La brocante de mamie,  17 rue du Pré Ruffier à Saint-Martin-d’Hères et 13 rue Clément-Ader à Échirolles), une quatrième par la régie de quartier Villeneuve–Village olympique (Le pèle mêle solidaire, place du Marché Arlequin à Grenoble). Dans le même esprit, l’entreprise adaptée* AfB à Saint-Martin-le-Vinoux donne une deuxième vie aux appareils électroniques via le reconditionnement et le recyclage.

[* Un entreprise adaptée a pour spécificité d’employer au moins 80% de travailleurs handicapés.]

Défi zéro déchet réussi !

À l’issue des 6 mois impartis pour réaliser son expérience, Donatien a relevé le défi ! Les déchets produits par sa famille de trois personnes sont passés d’environ 20 kg par semaine à moins de 1 kg. La preuve que chacun peut réussir à réduire sa production de déchets !

Cependant, le réalisateur a observé que politiques et collectivités françaises sont encore trop peu investis dans la problématique de la réduction des déchets. Pourtant, sans l’impulsion de l’action publique, l’effort citoyen peine à se généraliser. C’est d’autant plus regrettable que des modèles existent et qu’ils fonctionnent parfaitement bien !

En Italie, la ville de Capannori a ouvert la voie en devenant la première ville zéro déchet. La collectivité a mis en place une collecte sélective optimisée, accompagnée de mesures fiscales incitatives pour les habitants. Pour permettre la transition vers le zéro déchet, la commune a également favorisé l’installation d’un magasin de vrac et d’une ressourcerie. Elle mène, par ailleurs, des actions de sensibilisation régulières en direction des industriels qui produisent des objets ou des emballages non recyclables. L’ensemble de ces mesures a permis de réduire la production de déchets de la ville de 40% en 8 ans.

En Europe, 300 villes se sont déjà inspirées de ce modèle. Gageons que les collectivités françaises, à l’instar de Grenoble Alpes Métropole, sauront progressivement se saisir de l’enjeu de la réduction des déchets et donner l’impulsion nécessaire à la généralisation des bonnes pratiques.

Plus d’infos sur la gestion des déchets dans l’agglomération grenobloise sur le site de Grenoble Alpes Métropole.

Et vous, vous commencez quand ?

Vous souhaitez commencer à réduire vos déchets mais vous ne savez pas comment faire ? L’association Zero Waste France propose nombre d’informations utiles et organise des événements autour de la démarche zéro déchet. Consultez le site internet ou la page Facebook du collectif Zero Waste Grenoble.

Vous pouvez aussi consulter la page Youtube de Ma vie zéro déchet qui propose une dizaine de vidéos de quelques minutes extraites du documentaire.

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