23 octobre 2017 Gaëtan Janssens

Mangez-bio Isère : un outil bio, local et équitable

Mangez bio Isère est l’un des principaux fournisseurs de l’épicerie de l’éléfàn. Nous sommes allés à leur rencontre pour en savoir plus sur cette structure qui approvisionne en produits bio magasins, restaurants et cantines sur Grenoble et son agglomération.

 

Vincent Rozé et Kévin Kermen m’accueillent chaleureusement pour me faire découvrir l’aventure Mangez bio Isère. Vincent Rozé, 45 ans est président de Mangez bio Isère mais aussi paysan à la Ferme de Sainte Luce dans le Beaumont (fromages, pains, viandes et charcuterie). Kévin Kermen est chargé du développement commercial de Mangez-bio pour Il était une fois …

Créé il y a 12 ans pour faciliter les échanges entre la restauration collective et les producteurs bio, Mangez bio Isère est une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Elle compte aujourd’hui plus d’une centaine de fournisseurs locaux différents et environ 140 clients répartis sur tout le département. À sa création en 2005, elle approvisionnait exclusivement les cantines scolaires. Celles-ci représentent encore aujourd’hui les deux tiers de l’activité. Mais depuis deux ans, un emplacement au MIN (marché d’intérêt national) leur permet de livrer de plus petites structures, comme des crèches, des restaurants, des magasins bio ou encore l’éléfàn.

La SCIC est pilotée par quatre collèges (salariés, fournisseurs, acteurs du développement de la  filière bio et sympathisants de la structure).  Aujourd’hui la coopérative compte 10 salariés aux métiers et compétences variés : approvisionnement, qualité, logistique (ramassage, livraison, entrepôt), tâches administratives et communication.

 

L’éléfàn – Comment est organisée la coopérative ?

La société coopérative est organisée en filières : légumes, fruits, fromages… Au sein de chacune des rencontres bisannuelles permettent de définir les prix et les volumes. Mais l’entreprise souhaite que les paysans gardent un pied dans le commerce et ne distribuent qu’une petite partie de leur production. Pour Vincent il est très important que les producteurs restent conscients de ce qu’est un marché et des attentes des consommateurs.

Explications (2:57)

 

Comment sont sélectionnés les produits distribués par Mangez bio Isère ?

Les trois piliers qui définissent le choix des produits distribués sont :

  • bio : les produits doivent être labellisés agriculture biologique,
  • local : les produits  au plus près (Isère et départements limitrophes),
  • équitable : les producteurs doivent être justement rémunérés. Chez Mangez bio, ce sont eux qui fixent leurs prix (ils doivent s’accorder entre eux sur un prix commun pour un même produit).

Et pour tout ce qui ne pousse pas en Isère, comme le sucre et le riz, Mangez bio travaille main dans la main avec Biocoop Restauration.

Explications (0:54)

 

Comment sont sélectionnés les producteurs chez Mangez bio, quels critères ?

Tous les producteurs bio du territoire sont les bienvenus chez Mangez bio. En dehors de l’exigence de production labélisée bio, il n’y a pas de critères particuliers à respecter. Mais quand on dit équitable, il faut aussi respecter le cadre du commerce équitable Nord-Nord.  On s’intéresse de plus en plus aux critères qui définissent ce mot équitable.Ce n’est que le début mais cela permet de faire évoluer nos pratiques. »

 

Mais le label bio est-il suffisant ? Est-ce que le label bio, devenu européen n’a pas perdu en exigence ?

Contrairement à ce qui se dit le cahier des charges européen il s’applique à tous les pays européens. Mais c’est vrai on a perdu sur certains critères.

Explications (1:11)

 

Donc pour une cantine qui souhaite passer au 100% bio, vous pouvez être son seul interlocuteur ?

Oui mais dans les faits cela ne se passe pas comme ça. 100% bio tout le temps on en est loin. Et 100% bio de temps en temps ça désorganise complètement. Tout d’un coup le client va demander 3.000 yaourts à un producteur qui en fait 500 par semaine.
Chez Mangez bio, ça fait très longtemps que ce qui nous intéresse c’est la régularité. Il vaut mieux y aller petit à petit pour mettre des choses en place. Par exemple, passer toutes les pommes d’une cantine en bio local permet d’organiser la production et la distribution.
Juste un aperçu sur le 100% bio : les cantines du Conseil départemental de l’Isère mettent 25% de bio local dans leurs menus. C’est certainement le seul département de France avec un tel taux. Et pour un coût matière inférieur à 2€ par repas. C’est déjà vraiment bien. On parle souvent de l’expérience de Mouans-Sartoux.  Mais ça reste un petit nombre de repas, 1000 en l’occurence. Il y a peu d’exemples comparables. Alors que des cantines qui font de 5.000 à 20.000 repas par jour, il y’en a beaucoup en Isère.

Explications (0:36)

Quelles sont vos pratiques pour la gestion des déchets ?

On a, par exemple, beaucoup développé le fromage blanc en pot de 5 kilos. L’étape suivante sera de les récupérer, les laver et les mettre dans le circuit. Il faut aussi s’inspirer du concept de bio mimétisme. Tu regardes comment est faite la nature. Et la nature, elle ne génère pas de déchets.

Explications (1:44)

Qu’est-ce que vous souhaitez améliorer dans le fonctionnement de Mangez bio Isère ?

Vincent – Je souhaite un meilleur écosystème humain au sein de la structure. La gouvernance partagée doit trouver toute sa place.

Kévin –  C’est la prise de conscience citoyenne qui manque pour faciliter le développement d’une agriculture d’avenir. Les mentalités évoluent mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Et quand on voit que le gouvernement stoppe les aides au maintien de l’agriculture biologique, ça n’aide pas au développement de la filière !

 

Pour vous, quel est le coût d’une alimentation saine ?

Vincent – Baisser le prix du bio local au niveau du conventionnel n’est pas réaliste. Quand tu vois que des producteurs de lait en conventionnel sont payés 4 € de l’heure, soit la moitié du Smic horaire, et que les yaourts sont faits dans de grosses usines, c’est vachement dur.
Kévin – La bio locale n’est pas chère dans l’absolu. C’est d’abord un prix juste. Et c’est aux citoyens d’en prendre conscience et de se donner les moyens pour y accéder.
Vincent –  C’est bien plus profond qu’un simple rapport au portefeuille. Le citoyen doit se réapproprier sa nourriture.
Et cette réappropriation passe par des actions concrètes.

Explications (3:56)

Est-ce que Mangez bio Isère est capable de répondre à la demande croissante de produits bio locaux ?

On est l’outil structurant de la profession agricole qui peut permettre de répondre à la demande pour une alimentation bio. Avec un développement d’environ 35% par an, Mangez bio doit  faire face aux nombreux nouveaux savoir-faire à mobiliser pour adapter sa logistique et optimiser son fonctionnement.
Mangez bio est une réussite, particulièrement parce que l’aventure a pu rapprocher, par exemple, le paysan dans ses bottes vertes, qui produit les aliments, et le cuisinier dans ses bottes blanches, qui les transforment.

Explications (1:08)

 

Pour en savoir plus :
www.mangezbioisere.fr

Propos recueillis le 10 octobre 2017 par Gaëtan Janssens

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