5 septembre 2017 Loic Chauvin

Dans la jungle des labels bio

Ces dernières années, avec l’essor des produits bio, les labels bio se sont multipliés. Au point que le consommateur lambda a du mal à s’y retrouver. Petite tentative d’éclaircissement pour vous aider à trouver votre chemin dans la jungle des labels bio.

À partir de 1985, la majorité des produits bio distribués en France comportaient le label bio officiel AB, créé par le ministère de l’Agriculture. Il était attribué aux producteurs qui en faisait la demande par des organismes certificateurs agréés. Depuis le 1er juillet 2010, le label européen s’est imposé pour tous les produits bio distribués dans les 28 pays de l’Union. Ses critères sont moins exigeants que ne l’étaient ceux du label AB. Mais la réglementation européenne interdit aux labels nationaux d’imposer des exigences plus strictes que le label européen.

Du coup, dans les faits, le logo AB cohabite quasiment systématiquement avec le logo européen sans apporter de garantie supplémentaire. La logique aurait voulu que l’un se substitue à l’autre. Pour ne pas perturber le consommateur, peut-être, l’immense majorité des producteurs ont choisi d’afficher les deux.

Logo ABLogo bio européenLabel européen et label AB

Le règlement interdit l’utilisation des pesticides, des engrais chimiques de synthèse, et les traitements chimiques après récolte. La législation européenne interdit les OGM tout en autorisant une tolérance de 0,9% de traces d’OGM, sous prétexte de l’impossibilité pratique de garantir toute absence de contamination ! Les produits transformés doivent contenir un minium de 95% d’ingrédients… bio.

L’alimentation des animaux doit être majoritairement à base de céréales et l’usage des médicaments est fortement limité. Les animaux doivent bénéficier d’un espace minimal et d’un accès à un terrain de plein air. Le règlement n’interdit pas la cohabitation de cultures bio et non bio sur une même exploitation et la distance entre celles-ci est limitée à 10 mètres seulement. Les exploitations doivent être contrôlées par un organisme certificateur agréé tous les ans.

Des mentions d’origine doivent être précisés sur les emballages. UE, si la matière première agricole a été produite dans l’Union européenne. UE/Non UE si une partie des matières premières a été produit en dehors de l’Union européenne. Enfin, le pays d’origine est mentionné si 98% du poids total du produit provient du pays en question.

www.agencebio.org

Les autres labels bio

À côté de ces labels bio officiels, il en existe une bonne poignée d’autres proposés par des organismes privés : Nature & Progrès et Demeter pour les plus anciens, Bio Cohérence ou Bio Partenaire pour les plus récents. Ils offrent des critères plus exigeants que le label européen. Nature & Progrés, par exemple, reproche au label(s) officiel(s) de permettre une industrialisation de la filière bio et de ne pas s’inquiéter des répercussions sociales et écologiques.

Logo Demeter– Demeter

Crée en 1932, c’est un label international rigoureux qui promeut la biodynamie qui se veut respectueuse de la terre, des hommes et des animaux. Cette pratique agricole connaît un grand succès ces dernières années chez les viticulteurs bio.

Les producteurs agréés Demeter doivent pratiquer une rotation des cultures et recourir l’emploi d’engrais verts et de préparations naturelles spécifiques destinées à «vivifier» la terre. Ils tiennent compte des flux énergétiques du sol et respectent un calendrier des rythmes cosmiques pour les semis ou les pulvérisations. Une réutilisation maximale des sous-produits de l’activité doit être réalisée. La mixité des cultures bio/non bio est proscrite. La taille des exploitations est limitée. Les producteurs sont contrôlés tous les ans par un organisme indépendant.

www.demeter.fr

logo Nature & Progrès– Nature & Progrès

Pionnière en France, l’association créé en 1964 rassemble producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs de produits biologiques. Son cahier des charges est plus exigeant que ne le sont les critères européens. Il est complété par une charte éthique qui veut mettre en œuvre une alternative aux désordres écologiques de la planète. En plus des critères exigés par le label européen/AB, l’association exige, entre autres, que 100% des ingrédients soient issus de l’agriculture biologique et qu’un minimum de 70% des gammes de la marque soit labellisés Nature et Progrès. Les fermes ne doivent pas se trouver à moins de 500 m de grandes voies routières ou en aval d’exploitations agricoles polluantes.

Trouvant les organismes de certification indépendants trop cher, Nature & Progrès a mis en place un système de vérification « participatif ». Les contrôles sont effectués par des membres de l’association qui changent tous les ans.

www.natureetprogres.org

Logo BioCohérenceBio Cohérence

Ce label a été mis en place par des acteurs de la filière bio, producteurs et distributeurs réunis, mécontents que les critères européens soient moins exigeants que ne l’étaient ceux du label français officiel AB initial. Les produits Bio Cohérence ne sont distribués qu’en magasin bio ou en vente directe. Vous ne les trouverez pas en grande surface. Les producteurs doivent recevoir un revenu équitable. Les produits transformés ne peuvent contenir que des ingrédients agricoles biologiques français Bio Cohérence.

Cultures bio et non bio ne peuvent pas cohabiter. L’emplacement des terrains doit tenir compte des risques de pollution environnante tels qu’incinérateurs, décharges, axes routiers. Une attention particulière est porté au bien être des animaux : leur nombre est limité en fonction de la taille des terrains, ils doivent avoir accès à des espaces en plein air, et, pour le transport, un temps maximal est défini.

Pour obtenir la certification, les producteurs doivent recourir aux services d’un organisme certificateur indépendant tel que Ecocert ou Qualité France.

www.biocoherence.fr

logo Biopartenaire– Biopartenaire

En 2002, des entreprises d’importation ou de transformation de matières premières en provenance de pays du Sud ont fondé le label Bio Équitable. En 2010, ils créent Bio Solidaire pour développer le commerce de produits équitables français. Mais, pour plus de cohérence, les deux labels fusionnent en 2015 sous l’appelation Biopartenaire.

Le but de ce label est d’assurer aux producteurs de l’hémisphère sud comme de l’hémisphère nord des prix décents. Pour ce faire, un prix minimum d’achat est garanti et la relation entre opérateur et producteur fait l’objet de contrats pluriannuels. La certification est effectuée par l’organisme Ecocert pour les aspects bio comme pour les critères équitables.

www.bioequitable.com

Et l’agriculture raisonnée ?

Face à l’engouement pour les produits bio, les tenants de l’agriculture intensive ont commencé à s’inquiéter. Des organismes tels que la FNSEA ou L’UIPP (l’Union pour la protection des plantes, qui n’est qu’un outil de communication de l’industrie phytosanitaire) ont mis en place une contre-offensive. Ils ont développé la notion d’agriculture raisonnée censée affirmant que l’agriculture biologique n’est pas capable de nourrir la planète.

Pour Que Choisir, « l’agriculture raisonnée est un concept très difficile à définir car il ne repose pas sur des itinéraires prédéfinis ni sur des itinéraires interdits. » En France, selon la définition officielle « L’agriculture raisonnée correspond à des démarches globales de gestion d’exploitation qui visent, au-delà du respect de la réglementation, à renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur l’environnement ».

logo Agriculture à haute valeur environnmentaleLe concept a été réglementé par les pouvoirs publics de 2002 à 2013. L’agriculture raisonnée définissait plus une obligation de moyens qu’une obligation de résultats. Le référentiel de l’agriculture raisonné prônait un meilleur respect de l’environnement, des ressources et du bien être animal. Sur la centaine de critères exigés, une bonne quarantaine ne faisait que reprendre les obligations législatives qui s’imposent à tous.

En 2013, la certification de l’agriculture raisonnée a été abrogée par un décret. Depuis le concept a été remplacé par une certification environnementale comprenant trois niveaux dont le plus élevé est le label Agriculture à haute valeur environnementale (HVE) qui fait l’objet d’une certification basée sur une obligation de résultats.

 

Pour en savoir plus :

Il y a bio et bio. Voici comment s’y retrouver dans les labels d’agriculture biologique
un article du site Reporterre

Labels Bio
un dossier très complet de l’Encyclo Écolo

– La FNSEA lance la « 3ème Révolution Agricole et Alimentaire » : après l’Agriculture Raisonnée, voici l’Agriculture responsable !
un article des Amis de la Terre sur l’agriculture raisonnée et le concept qui lui a succédé

 

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