5 juillet 2017 Loic Chauvin

Les cosmétiques industriels ne vous veulent pas du bien

Au mois de juin, Que choisir et 60 millions de consommateurs ont effectué un tir groupé contre les molécules indésirables contenues dans de nombreux produits cosmétiques de la grande distribution. Les produits d’hygiène courants tels que dentifrice, savons, shampoings et crèmes contiennent des ingrédients préoccupants et même, pour certains, interdits.

Ils ont pour joli nom butylparaben, propylparaben, ethylhexyl methoxycinnamate, triclosan, benzophenone, cyclopentasiloxane, methylisothiazolinone, p-Phenylenediamine, phenoxyethanol, sodium lauryl sulfate, etc., etc. Ces substances peuvent être irritantes ou allergènes, suspectées d’être des perturbateurs endocriniens ou même carrément cancérogènes.

Que choisir publie une brochure à télécharger et à conserver dans son sac quand vous allez faire vos courses. Elle liste près d’une vingtaine de produits à éviter par tous et à bannir pour les femmes enceintes et les tout petits. Le tableau est accompagné de 26 allergènes pas franchement conseillés non plus.

60 millions de consommateurs, dans son guide des cosmétiques non toxiques, daté de juillet-août, publie également un petit mémo de poche de quatre pages listant les ingrédients à privilégier, les indésirables à risque modéré et les indésirables à risque élevé.

Des essais scientifiques incomplets
Les procédures suivies par la recherche scientifique pour tester, habituellement, l’éventuelle toxicité des substances chimiques, ou même naturelles, rendent d’autant plus critique la question de leur innocuité. C’est sur la molécule isolée que sont réalisées les expériences, mais pratiquement jamais sur le cocktail d’ingrédients qui compose le produit cosmétique en vente dans votre supermarché favori ou dans votre pharmacie.

Et lorsque deux molécules sont testées ensemble, les effets combinés peuvent se révéler dévastateurs. La toxicité résultante n’est pas nécessairement la somme de la toxicité de la molécule A ajoutée à celle de la molécule B. Elle peut être plusieurs fois supérieure à la toxicité de A + B. À partir de trois molécules, on entre dans l’inconnu le plus total. Et la majorité des produits cosmétiques contiennent une moyenne de… trente ingrédients nous explique 60 millions de consommateurs. Certains vont jusqu’à une centaine.

De plus, jusqu’à très récemment, la croyance scientifique voulait que la toxicité d’une substance, quelle qu’elle soit, soit proportionnelle à la dose assimilée. Les recherches récentes, particulièrement dans le domaine des perturbateurs endocriniens, ont montré que des effets importants pouvaient résulter de très faibles doses.

L’industrie du doute
Et c’est sans compter sur les efforts de l’industrie chimique pour discréditer les publications scientifiques qui ne vont pas dans son sens. Des entreprises de relations publiques se sont fait une spécialité de manier le doute face aux études qui remettent en cause les produits de leurs donneurs d’ordre.

Après avoir affiné, pendant de nombreuses années, leurs méthodes pour contester les résultats des recherches scientifiques associant tabac et cancer, les mêmes entreprises de relations publiques ont recyclé ces pratiques auprès des grands noms de la chimie ou du monde pharmaceutique. Ces tactiques permettent, comme dans le cas du tabac, de repousser pendant plusieurs années l’interdiction d’ingrédients toxiques pour la santé.

Les molécules à éviter
Pour choisir un produit cosmétique, Que choisir conseille d’éviter totalement trois molécules. Il s’agit du  propylparaben, un conservateur, l’ethylhexyl methoxycinnamate (OMC), un filtre solaire et le triclosan, un antibactérien souvent présent dans les dentifrices. L’association de consommateurs estime que les produits à rincer (savons, gels douche, shampoings), dans la mesure où le contact avec le peau est très court, posent moins de problème pour la santé humaine. Mais ils ne sont pas sans conséquence pour la faune, en particulier, et pour l’environnement, en général, quand ils sont évacués dans les eaux usées.

Que choisir attire l’attention sur les produits qui demeurent plus longtemps sur la peau comme les laits corporels, les déodorants et les crèmes solaires. Sans compter que pour ces dernières, une étude [référence] récente a montré que leur combinaison avec le chlore des piscines crée un problème de toxicité non négligeable.

Sur le site web de l’association, vous pouvez trouver une liste de plus de 1000 produits cosmétiques contenant un ou plusieurs ingrédients indésirables classés en huit catégories.

Comment choisir ?
De son côté, 60 millions de consommateurs, dans son numéro hors-série, donne quelques astuces pour faire le tri dans la longue liste des ingrédients utilisés par l’industrie cosmétique. Si l’ingrédient naturel mis en avant sur l’emballage se retrouve en fin de liste, sa concentration est certainement de l’ordre de 1 pour cent et ça relève de la publicité mensongère ! Les noms en latin indiquent la présence de produits issus de plantes. Les appellations en anglais qualifient des produits chimiques ou des produits naturels ayant subi une transformation chimique.

Et si les produits bio présentent généralement moins de risques, certaines des substances utilisées peuvent poser des problèmes allergènes. De plus, la non toxicité de certaines ingrédients, comme les sels d’aluminium naturels, n’est pas non plus garantie, à l’instar de celle de leurs cousins d’origine industrielle.

60 millions consacre plusieurs pages intéressantes aux différents labels bio et décrypte leurs caractéristiques. Et si les cosmétiques testés sur les animaux sont interdits par l’Union européenne depuis 2013, un encadré fait le point sur les labels qui, par exemple, proscrivent l’utilisation de molécules qui, légalement, ont pu être testées sur des animaux pour l’industrie pharmaceutique ou celle des détergents. Certains labels garantissent qu’aucun produit d’origine animale n’a été utilisé.

Le magazine de consommateurs a étudié près de 150 cosmétiques et, pour chaque catégorie, il dresse une liste d’une douzaine de produits à privilégier, à éviter ou qui pourraient “mieux faire”. Et pour compléter son dossier, 60 millions propose plusieurs pages de recettes pour réaliser très facilement chez soi shampoing, démaquillant, savon ou masque de beauté. Pour prendre soin de son corps à moindre coût et sans effets indésirables.

© photos : Collectif Ivoire

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